09.04.2006
L'Annonce faite à Marie à l'Eglise Saint-Séverin en présence de François Claudel
La présentation de "L'Annonce faîte à Marie" à l'Eglise Saint-Séverin, un cadre idéal pour cette pièce mythique, en présence de François Claudel, petit-fils de l'auteur, a été le point culminant d'une année de travail théâtral acharné par les élèves du Centre d'Animation Saint-Michel.
Article de presse
"Sur les marges du cinquantenaire"
par Christelle Brun (membre de la société Paul Claudel)
Une très belle surprise était réservée à ceux qui avaient eu connaissance de la représentation dans l’église Saint Séverin d’une touchante Annonce faite à Marie jouée par des comédiens amateurs avertis préparés au Centre d’animation Saint Michel (*) (dont l’entrée est immédiatement sur la droite de la fontaine lorsqu’on lui fait face) par le très fin et sensible metteur en scène Fabrice Nicot. De très beaux costumes, sobres et harmonieux, ont aidé les acteurs à investir leurs personnages, et on pouvait s’apercevoir dans leurs jeux respectifs comme dans leur façon de co-naître ensemble au texte et au monde spirituel du Poète que chacun tâchait de le faire, en bon artisan médiéval, selon le métier qui est le sien dans la vie réelle. Ainsi Mara avait-elle l’énergie et l’authentique sincérité de Mme le Juge d’enfants ( !) Karen Lévêque dont l’interprétation mettait fort en valeur et à très juste titre le cheminement spirituel de son personnage. Yves Badorc, autre magistrat, donnait au Père une solidité et une componction frappantes dans la scène de la fraction du pain et du retour de Jérusalem, tout en formant avec Olga Seniavine, étudiante en droit et la benjamine de la troupe, un couple dont la disparité rendait sensible comme rarement la fragilité si touchante qui scelle l’indestructible union d’Anne et d’Elisabeth. Pour incarner Jacques Hury, Stéphane Bouinot s’appuyait sur la joie de vivre et la transparente simplicité du professeur d’EPS, tour à tour fier avec une fraîche naïveté devant le Père ou Mara, de la violence des vrais doux des Béatitudes devant l’incompréhensible mystère de sa fiancée, à d’autres moments poignant dans son effort pour accepter ce que Dieu et Violaine exigent de lui ou dans la sincérité de sa douleur. Béatrice Desportes, que son métier de banquière pourrait tout aussi bien tourner vers certains aspects de Sygne, nous a offert une Violaine consciente de ses devoirs de fille de Combernon et de fille de Dieu, un peu moins à l’aise peut-être dans le début de la pièce qu’à l’acte du miracle et au moment de la mort. Et voici un Pierre de Craon au nom prédestiné : Philippe Steinmetz (le tailleur de pierres en Allemand) qui choisit de montrer toute la force de l’amour qu’éprouve le bâtisseur de cathédrale pour l’héritière de Monsanvierge, indiquant ce faisant avec une étonnante clarté à quel point Pierre de Craon est une étape dans la transformation de Mésa en Rodrigue.
Scénographiquement, cette Annonce-ci était pleinement un Mystère médiéval : Jouée dans le chœur même de l’église, la pièce se déployait à certains moments avec un grande intelligence dramaturgique et une indéniable sensibilité religieuse dans tout l’espace de la nef (entrée de Jacques Hury, départ et retour d’Anne Vercors) et jusque dans la tribune d’orgue, ce qui entre autres beaux moments donnait une résonance d’une très grande profondeur à la bénédiction d’Elisabeth à Violaine partant pour le Geyn, la Mère tout en bas au milieu des spectateurs tendant timidement les mains vers une Violaine déjà élevée sur le côté gauche de la tribune d’orgue. L’acte du miracle, éclairé des seules lumières de neuf porte-cierges disposés alentour de l’Autel, plongé dans un clair-obscur qui aurait ravi le Claudel amateur des peintres hollandais, avait ainsi une tonalité austère et dépouillée qui aiguisait l’attention de l’oreille au verbe proféré par les actrices. Autour de l’Autel devenu pour un instant la table de Combernon, les scènes solennelles de la fraction du pain et de la mort de Violaine prenaient un ineffable relief, d’autant qu’à aucune seconde les acteurs n’oubliaient quel espace liturgique ils investissaient.
Je ne dois pas omettre l’inattendu prélude à la représentation : un intense quart d’heure, avant que ne résonne « Tout doux, maître Pierre », Pégah Tabassinejad, jeune comédienne du Théâtre National de Téhéran, a présenté une création de Réjane Douarre et des musiques traditionnelles d’Iran le drame de Mara, « Solo pour l’enfant mort, résurrection » d’une poignante intensité où la précision et la délicatesse des gestes, l’expressivité de la pantomime et jusqu’à l’élégance de la svelte silhouette drapée dans les vêtements noirs traditionnels atteignaient à la force de la danse d’un Nijinsky, en prélude tout à fait claudélien à l’histoire de la délivrance de cette âme captive.
Scénographiquement, cette Annonce-ci était pleinement un Mystère médiéval : Jouée dans le chœur même de l’église, la pièce se déployait à certains moments avec un grande intelligence dramaturgique et une indéniable sensibilité religieuse dans tout l’espace de la nef (entrée de Jacques Hury, départ et retour d’Anne Vercors) et jusque dans la tribune d’orgue, ce qui entre autres beaux moments donnait une résonance d’une très grande profondeur à la bénédiction d’Elisabeth à Violaine partant pour le Geyn, la Mère tout en bas au milieu des spectateurs tendant timidement les mains vers une Violaine déjà élevée sur le côté gauche de la tribune d’orgue. L’acte du miracle, éclairé des seules lumières de neuf porte-cierges disposés alentour de l’Autel, plongé dans un clair-obscur qui aurait ravi le Claudel amateur des peintres hollandais, avait ainsi une tonalité austère et dépouillée qui aiguisait l’attention de l’oreille au verbe proféré par les actrices. Autour de l’Autel devenu pour un instant la table de Combernon, les scènes solennelles de la fraction du pain et de la mort de Violaine prenaient un ineffable relief, d’autant qu’à aucune seconde les acteurs n’oubliaient quel espace liturgique ils investissaient.
Je ne dois pas omettre l’inattendu prélude à la représentation : un intense quart d’heure, avant que ne résonne « Tout doux, maître Pierre », Pégah Tabassinejad, jeune comédienne du Théâtre National de Téhéran, a présenté une création de Réjane Douarre et des musiques traditionnelles d’Iran le drame de Mara, « Solo pour l’enfant mort, résurrection » d’une poignante intensité où la précision et la délicatesse des gestes, l’expressivité de la pantomime et jusqu’à l’élégance de la svelte silhouette drapée dans les vêtements noirs traditionnels atteignaient à la force de la danse d’un Nijinsky, en prélude tout à fait claudélien à l’histoire de la délivrance de cette âme captive.
(*) centre géré par une l'association Jeunesse et Culture Paris 6 en délégation de service public de la Mairie de Paris
20:55 Publié dans Spectacles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











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